L'édition 2025 du Prix Annie et Charles Corrin pour l'enseignement de l'histoire de la Shoah
Le prix Corrin 2025 : Transmettre pour comprendre. Comprendre pour résister. Résister pour construire.
Dans un contexte national et international marqué par la fragilisation des repères historiques, la banalisation des discours de haine et la montée d’un antisémitisme décomplexé, la transmission de l’histoire de la Shoah s’impose comme une urgence éducative et civique. Cette édition s’inscrit dans cette réalité avec une conviction forte : la mémoire n’est pas un héritage passif, elle est une responsabilité active.
Les projets récompensés cette année témoignent de la capacité des jeunes à s’approprier une histoire complexe, douloureuse, parfois lointaine, pour en faire un objet de réflexion profondément contemporain. À travers l’étude de parcours individuels, de lieux, de familles et de communautés, les élèves ont compris que la Shoah n’est pas seulement un événement du passé, mais une histoire inscrite dans les territoires, les institutions et les consciences. Comme l’exprime l’un des élèves lauréats : « Quand on travaille sur l’histoire de notre ville, on réalise que ce qui s’est passé n’était pas ailleurs. C’était ici. Et ça nous oblige. » Alexiane 17ans
Cette prise de conscience est au cœur du Prix Corrin. Elle transforme la mémoire en expérience éducative, et l’histoire en outil de construction personnelle et collective.
Une table ronde au coeur de la réflexion républicaine
Moment central de cette édition, la table ronde « Transmettre, éduquer, s’engager : la jeunesse au cœur de la mémoire républicaine », modérée par Elsa Pariente, rédactrice en cheffe de RCJ, a offert un espace de dialogue rare et essentiel entre les différents acteurs de la transmission.
Autour de la table se sont réunis Joël Bianco, proviseur du Lycée Louis-le-Grand, Pascal Zachary, professeur d’histoire et membre du jury du Prix Corrin, et Florence Berthout, maire du 5e arrondissement de Paris. Ensemble, ils ont confronté leurs regards, leurs responsabilités et leurs pratiques. Ce dialogue entre l’institution scolaire, le monde enseignant et l’acteur politique a mis en lumière une conviction partagée : la transmission de la mémoire ne peut reposer sur un seul pilier. Elle nécessite une alliance durable entre l’école, les enseignants, les collectivités et la société civile.
Des Lauréats qui font parler des silences de l'histoire
Les lauréats de l’édition 2025 incarnent cette exigence de transmission incarnée. Au lycée Saint-Joseph de Château-Thierry, les élèves ont mené un travail d’enquête remarquable autour de figures féminines juives de Soissons pendant la Shoah. En retraçant les parcours de Bella, Rosa, Gilta et Sophia, ils ont redonné un visage, une voix et une dignité à des femmes longtemps réduites au silence. Leur projet démontre la puissance de la micro-histoire pour faire comprendre l’histoire globale. tion 2025
Au lycée Fabert de Metz, les élèves ont interrogé la fin de la Shoah et du système concentrationnaire à travers le cas de la Hongrie. Survivre, témoigner, juger : leur travail met en lumière l’après, souvent méconnu, et interroge la place du témoignage et de la justice dans la reconstruction des sociétés.
Comme l’exprime une élève : « On pensait que tout s’arrêtait à la libération. On a compris que c’était souvent le début d’un autre combat. » Mayline 17ans
Une mémoire partagée, un avenir à construire
Tout au long de la soirée, une idée a traversé les prises de parole et les témoignages : la transmission de la mémoire n’est pas une charge, mais un travail partagé. Elle repose sur les enseignants qui s’engagent, sur les élèves qui s’approprient, sur les institutions qui soutiennent, et sur une société qui accepte de regarder son histoire en face.
Comme l’a rappelé Boris Cyrulnik : « Il ne s’agit pas seulement de se souvenir, mais de transmettre une réflexion critique, ancrée dans le présent. ».
L’édition 2025 du Prix Annie & Charles Corrin s’inscrit pleinement dans cette ambition. Elle affirme que comprendre le passé, c’est se donner les moyens d’éclairer l’avenir. Et que la jeunesse, lorsqu’on lui fait confiance, est pleinement capable de porter cette mémoire avec intelligence, sensibilité et responsabilité.
Cette nouvelle remise de prix a rappelé avec force que la transmission de l’histoire de la Shoah est un engagement collectif. Elle repose sur des enseignants qui s’investissent, des élèves qui questionnent, des institutions qui soutiennent et des responsables publics qui assument leur rôle.
À travers les projets récompensés, les échanges de la table ronde et la solennité de la cérémonie, un message clair s’est imposé : transmettre, ce n’est pas seulement préserver le passé, c’est former des consciences libres et éclairées.
Comprendre l’histoire, c’est se donner les moyens d’agir dans le présent. Et c’est, surtout, refuser l’indifférence.
